Levée de fonds
Pré-money ou post-money : comprendre ces deux valorisations
Par Audrey Amiel · Publié le
Un dirigeant m'annonce fièrement qu'il a « bouclé à 5 millions ». Première question que je pose : est-ce 5 millions avant ou après l'entrée de l'investisseur ? Le silence qui suit coûte parfois plusieurs points de capital. Cette confusion entre valorisation pré-money et post-money n'est pas un détail de vocabulaire : elle détermine directement combien de votre entreprise vous cédez.
En bref : la valorisation pré-money est la valeur attribuée à votre société avant l'arrivée de l'argent frais. La valorisation post-money, c'est cette même valeur plus le montant investi. Le pourcentage cédé à l'investisseur se calcule en divisant le montant investi par la valorisation post-money. Si vous levez 1 M€ sur une pré-money de 4 M€, la post-money atteint 5 M€ et l'investisseur détient 20 %. Négocier sur la pré-money protège vos intérêts.
Pré-money, post-money : quelle différence concrète ?
La valorisation pré-money désigne la valeur de votre entreprise immédiatement avant une levée de fonds, hors apport de l'investisseur. La post-money ajoute à ce chiffre le montant injecté. La relation est arithmétique : post-money = pré-money + montant investi. Tout le reste, dilution comprise, en découle.
L'ordre des mots change tout. Un investisseur préférera toujours raisonner en post-money, parce qu'un même pourcentage y correspond à une pré-money plus basse, donc à une valeur plus faible attribuée à votre travail passé. Le fondateur, lui, défend sa pré-money, car c'est elle qui rémunère ce qui a été construit avant l'entrée au capital.
Prenons un cas simple. Vous levez 1 M€.
| Élément | Scénario A | Scénario B |
|---|---|---|
| Valorisation pré-money | 4 M€ | 3 M€ |
| Montant investi | 1 M€ | 1 M€ |
| Valorisation post-money | 5 M€ | 4 M€ |
| Part cédée à l'investisseur | 20 % | 25 % |
| Part conservée par les fondateurs | 80 % | 75 % |
Un million d'écart sur la pré-money déplace la dilution de cinq points. Sur une sortie future, cet écart peut représenter des centaines de milliers d'euros. C'est pour cette raison que je recommande de toujours contractualiser le chiffre pré-money dans la lettre d'intention, noir sur blanc.
Comment se calcule la dilution à partir de la pré-money ?
La dilution correspond au pourcentage de capital que vous cédez. Elle s'obtient en divisant le montant investi par la valorisation post-money : part de l'investisseur = montant investi / (pré-money + montant investi). C'est le calcul central de toute négociation, et il tient en une ligne.
Reprenons le scénario A. L'investisseur apporte 1 M€ sur une post-money de 5 M€, soit 1/5 = 20 %. Après l'opération, votre capital se répartit ainsi :
- Fondateurs : 80 %
- Nouvel investisseur : 20 %
Jusque-là, c'est limpide. La difficulté arrive avec deux éléments que les investisseurs introduisent souvent, et qui grignotent votre pourcentage réel sans toujours apparaître au premier coup d'œil.
Le pool d'options qui vous dilue seul
Un pool d'options (ou BSPCE pour les salariés) est une réserve de titres destinée à motiver les équipes. Le point à surveiller : les investisseurs demandent fréquemment que ce pool soit créé avant leur entrée, donc intégré dans la pré-money. Résultat, la dilution liée au pool pèse uniquement sur les fondateurs. Un pool de 10 % constitué en amont peut transformer une dilution affichée de 20 % en une dilution réelle bien supérieure pour vous seul.
Les valeurs mobilières donnant accès au capital
Si des obligations convertibles ou des BSA ont été émis lors d'un tour précédent, leur conversion future modifie la répartition. Je conseille de raisonner en capital « pleinement dilué », c'est-à-dire en intégrant tous les titres susceptibles d'être créés. Pour comprendre ces instruments, l'article sur les quasi-fonds propres détaille leur mécanique et leur effet sur l'actionnariat.
Comment fixe-t-on une valorisation pré-money défendable ?
Il n'existe pas de formule unique : la pré-money est le résultat d'une négociation encadrée par des méthodes financières. Pour une PME ou une start-up, on croise généralement une approche par les comparables (multiples de chiffre d'affaires ou d'EBITDA d'entreprises semblables) et une approche par les flux futurs actualisés (DCF). Le marché tranche ensuite.
Trois facteurs pèsent lourd dans la discussion :
- La traction : croissance du chiffre d'affaires, nombre de clients, récurrence des revenus. Plus la preuve de marché est solide, plus la pré-money se défend.
- La qualité de l'équipe : un investisseur paie autant pour des dirigeants capables d'exécuter que pour une technologie.
- La concurrence entre investisseurs : rien ne soutient mieux une valorisation que plusieurs term sheets sur la table en même temps.
Le travail de préparation déborde largement du chiffre lui-même. Je développe la méthode dans l'article dédié à la valorisation d'une PME avant une levée de fonds, qui pose les bases du calcul, et dans celui consacré aux étapes pour réussir sa levée de fonds, qui replace la valorisation dans le processus global.
Un réflexe que je recommande : ne jamais dissocier la valorisation de la structure de capital qui l'entoure. Une pré-money généreuse assortie d'une clause de liquidation préférentielle agressive peut vous rapporter moins, en cas de revente, qu'une pré-money plus modeste sans clause pénalisante. La valeur affichée n'est qu'une face de la négociation.
Faut-il toujours privilégier la plus haute pré-money ?
Non, et c'est un point sur lequel je prends position fermement. Une pré-money trop élevée au premier tour crée une pression énorme sur les tours suivants. Si vous ne tenez pas la trajectoire promise, vous risquez un down round : une levée suivante à une valorisation inférieure, lourde en dilution et destructrice pour le moral des équipes et la confiance des investisseurs historiques.
Je préfère une valorisation réaliste, atteignable, qui laisse de la marge de progression entre deux tours. L'objectif n'est pas de gagner la négociation du jour, mais de construire une suite de tours cohérente jusqu'à la sortie.
Avant même d'ouvrir votre capital, posez-vous une autre question : la dilution est-elle vraiment nécessaire ? Pour financer un besoin de trésorerie ou un décalage d'exploitation, des solutions non dilutives existent souvent. Un financement par la dette bien calibré peut repousser, voire éviter, une levée prématurée. Les arbitrages entre dette privée et financement bancaire ainsi que l'équilibre global de la structure de financement méritent d'être examinés en premier.
Pour approfondir le cadre juridique des émissions de titres et des augmentations de capital, la rubrique entreprises de service-public.fr et les ressources de Bpifrance constituent des points d'entrée fiables.
Mon conseil pratique pour aborder une négociation : préparez votre propre tableau de capitalisation en pleinement dilué, testez plusieurs hypothèses de pré-money et de pool, et identifiez à l'avance le plancher de pourcentage en dessous duquel vous ne descendrez pas. Vous négocierez bien mieux avec ce cadre en tête.
Questions fréquentes
La valorisation pré-money est-elle négociable après la lettre d'intention ?
En principe, la pré-money est fixée dans la lettre d'intention (term sheet). Elle peut être revue à la baisse si la due diligence révèle des éléments défavorables, par exemple un passif non déclaré ou des prévisions jugées trop optimistes. C'est pourquoi je recommande de verrouiller ce chiffre et ses conditions de révision dès la lettre d'intention.
Comment le pool d'options modifie-t-il ma dilution réelle ?
Si le pool est constitué avant l'entrée de l'investisseur, il est logé dans la pré-money et vous dilue seul. Un pool de 10 % en amont s'ajoute donc à la part cédée à l'investisseur du point de vue des fondateurs. Négociez autant que possible pour qu'une partie du pool soit créée après le tour, afin de partager cette dilution.
Pré-money et valeur comptable, est-ce la même chose ?
Non. La valeur comptable reflète le bilan historique, tandis que la pré-money traduit une anticipation de création de valeur future, souvent très supérieure pour une entreprise en croissance. Les deux peuvent diverger fortement, notamment quand l'essentiel de la valeur repose sur une technologie ou une position de marché non inscrites à l'actif.